nuitdebout

Aujourd’hui mon interview est un peu particulière parce qu’il s’agit de...

celle d’un illustre inconnu que l’on appellera « Camille » par tradition, comme il nous l’expliquera. Il a beau avoir été l’un des tous premiers à importer le mouvement à la Réunion, chez eux il n’y a pas de leader et personne n’est mis en avant en particulier. Pour être fidèle à leur idée de départ, qui n’est pas sans porter nombre de valeurs Démocratique et Républicaine, ils ont pris « l’Égalité » de notre devise nationale au pied de la lettre.

Alors, me direz-vous, qu’est ce qui est mis en avant lors de ces étranges réunions ou tout le monde prends la parole et donne son avis ?
Au-delà de l’opposition à la loi sur le code du travail, qui n’a été qu’un déclencheur selon moi, on l’appelle aussi « la convergence des luttes » parce que tous ceux qui n’avaient pas l’impression d’être écoutés y ont trouvé un espace d’expression.
On peut donc y entendre parler, entre autres, de démocratie directe en opposition avec la représentative qu’on nous présente parfois comme la seule possible, de bilan de notre société, d’écologie, de décroissance, on y fait des ateliers constituants… Bref, les gens ont envie de s’exprimer et qu’on écoute leurs avis.

J’avoue que cette idée que le Citoyen serait un peu cette Belle au bois dormant, qui se réveillerait seulement tous les 5 ans pour choisir lequel de ses prétendants aurait le droit de veiller sur son sommeil, ne me convainc pas vraiment. Quand à dire qu’il n’existe pas d’alternative reviendrait à nier les origines Athéniennes de la démocratie comme la plupart des philosophes qui ont écrit sur le sujet. Pour finir, on a testé dernièrement sur des villages entiers en Espagne des modes d’autogestion avec la Démocratie directe comme base et les résultats sont excellents. Ils existent même déjà des applications pour smartphone qui rende la chose simplissime et sécurisé.
Alors, la Démocratie directe impossible ?.. Comme dirait l’empereur qui a succédé à notre belle révolution de 1789 « Impossible n’est pas Français ! »
Voilà pourquoi, même si je n’adhère pas à tout chez eux, les nuits debout ont toute ma sympathie… Suffisamment en tous cas pour leur accorder le droit à la liberté d’expression dans notre Journal. Donc, à toi « Camille » !..

“Si le projet de loi Travail a tant mobilisé, c’est parce qu’en poussant toujours plus loin l’injustice, il fait craquer la digue de ce que nous pouvions supporter.” C’est en ces mots que le 31 mars les Nuits Debout lançait leur premier communiqué de presse.

« Mais quel est le sens de ce mouvement “Nuit Debout” ?
La loi travail est-elle un prétexte au lancement de cette contestation ?
Le politique a-t-il perdu toute connexion avec la population qu’elle soit réunionnaise, française et européenne ?
Le modèle politico économique occidental, son libéralisme exacerbé, usant de l’argument démocrate à “tout va” ne chancellerait-il pas sous la pression d’un printemps de trop ? »

« Nuit Debout se veut en réaction à l’existant, au “système”, pas de hiérarchie, pas de leader, pas d’organisation marquée, aucun porte-parole, juste des “facilitateurs” et “facilitatrices” initiateurs de chacun des mouvements locaux, des “Camille” (en références au révolutionnaire Camille Desmoulins).
L’objectif premier, reconquérir l’espace public, jardins, parcs, places et c’est sur le parvis des droits de l’Homme qu’un 8 avril (39 mars selon le calendrier ND) le mouvement s’est ébroué à la Réunion. Lui ont succédé la place de la mairie de Saint Leu ou encore la place des Victoires de Saint Pierre. Au-delà de la reconquête des espaces publics par la population, la dynamique de fond de ce mouvement est avant tout de se réapproprier le discours politique, l’échange politique, la parole politique, loin de la langue de bois et des postures, en un mot faire “revivre” une démocratie endormie et dysfonctionnelle. Chaque “Agora” se voit codifiée, un facilitateur distribue la parole selon les requêtes des participants. L’acquiescement, le désaccord, le désaccord avec argumentation se font par gestes.
La démocratie n’est pas que parole, elle se définit aussi dans l’écoute et cette écoute ne s’opère que dans le respect des propos tenus. Cette découverte de l’écoute ne s’entend pas sans difficultés et bon nombre de participants perçoivent l’écueil bien réel que représente la démarche d’une “écoute démocratique”. »

« Nuit Debout s’est éveillée suite à la loi El Khomri devenue loi Travail, mais il semble, lorsqu’on y participe, qu’elle ne soit pas la seule cause et qu’elle constitue plus un élément déclencheur que le combat principal de ce mouvement. Le facteur déterminant de la montée en puissance des Nuits Debout tient plus à la relation entre citoyen(ne)s et personnalités politiques, entre gouvernant(e)s et gouverné(e)s. La démocratie de la Vème république est vécue par beaucoup de nos contemporains comme un dialogue de sourd où la classe politique apparaît comme déconnectée des réalités du quotidien de “M. et Mme Toulemonde”. Cette non-communication, ou cette surdité des gouvernants a fait converger toutes les luttes animant notre société, avec comme étendard le refus des politiques tacticiennes et donc politiciennes.
Les citoyen(ne)s peuvent s’exprimer mais la seule voix entendue est celle déposée dans les urnes.

Nuit Debout est un mouvement contestataire, mais à tout dire cette contestation se veut plus révolutionnaire que révoltée. L’erreur sémantique d’un roi de France pourrait-elle être celle de toute une classe politique ? « C’est une révolte ? » demanda Louis XVI. « Non sire, ce n’est pas une révolte, c’est une révolution. » répondit le duc de La Rochefoucauld. »

 

Aller au haut